Née en 1973 en Algérie, Samira gagne la France après quelques années de nourrice en Belgique. La famille vit très modestement dans une grande cité. La mère, femme de ménage, se montre faible et effacée devant son mari macho, violent, qui a connu la délinquance et la prison avant de devenir ouvrier dans une petite usine de cartonnages. Entre les coups de son père et les pleurs de sa mère, Samira a bien du mal à construire ses repères. Arrivée à l'adolescence, elle pense que seuls les garçons détiennent la vraie liberté, alors elle se comporte comme eux, se met à sortir le soir pour « respirer, croquer la vie. Quoi de plus naturel ? » Sauf que la loi des cités est dure pour les filles « fleur bleue » de 14 ans, celles qui sont trop naïves et trop jolies. La jeune rebelle tombe amoureuse d'un petit caïd de son quartier qui finira par la livrer à ses copains, notamment à l'un de ses seconds qu'elle désigne par l'initiale « K ». Il la séquestre, la bat, la viole à plusieurs reprises seul ou avec d'autres jeunes. Elle devient une « fille facile », puis une « fille à cave », c'est-à-dire que Samira entre dans le cercle infernal des « tournantes », ces viols collectifs commis avec des violences diverses, des actes d'humiliation, voire de barbarie, qui ont lieu dans les caves des immeubles.
Rongée par la culpabilité et le dégoût de soi, rejetée par sa famille qui ne la comprend pas, lâchée par ses amies à cause de l'horrible réputation qui la suit partout dans la cité, Samira se réfugie dans la drogue et l'alcool. Mais le silence devient trop lourd : à la suite d'un énième viol, elle porte plainte contre « K ». Il écopera de huit ans de prison ferme.
La vie est impossible dans la cité pour la « donneuse », la « balance », objet de toutes les haines. Dans ce monde qui semble tourner trop vite pour elle, Samira ne sait plus s'exprimer que par les coups, les insultes, les cris. Placée dans un foyer, elle fugue, se retrouve dans la rue, erre de petits boulots en centres d'hébergement, fait le coup de poing à l'occasion et ses histoires n'ont d'amour que le nom. Pour se faire deux ou trois sous, elle flirte avec la petite délinquance. Des crises d'épilepsie la mènent régulièrement dans les hôpitaux psychiatriques. C'est là qu'un jour elle décide d'entamer la longue thérapie au terme de laquelle elle écrira le livre qui l'a rendue célèbre, « pour venir en aide aux frangines victimes du pire des crimes, briser la loi du silence et porter plainte, arrêter la gangrène de souffrance qui ronge nos quartiers et nous enferme dans un ghetto mental. »